Salaires gelés pendant la carrière, pensions attaquées à la retraite : les enseignant·es paient deux fois.
Depuis prés de 40 ans maintenant , nous dénonçons la même mécanique : derrière les discours sur la « revalorisation » et la « reconnaissance » du métier, les carrières enseignantes ont été progressivement dévalorisées.
Sur une carrière complète, la progression entre le 1er échelon et l’échelon terminal « garanti » aurait dû représenter 61 %. En réalité, la perte cumulée atteint environ 23 %, conséquence directe de la non-indexation du point d’indice sur l’inflation et du leurre que constitue le PPCR.
Des carrières déjà lourdement dévalorisées
Cela a une conséquence très concrète : chaque collègue parti·e à la retraite au cours de ces dernières décennies l’a fait avec une pension calculée à partir d’un indice terminal dont la valeur réelle avait été fortement amputée.
Autrement dit, le problème ne concerne pas seulement les salaires que nous avons perdus pendant notre activité. Cette perte se prolonge mécaniquement au moment du départ en retraite puisque la pension est calculée à partir du traitement indiciaire détenu en fin de carrière.
Et pour celles et ceux qui partiront à la retraite à la rentrée prochaine ou dans les années à venir, la situation sera encore plus défavorable.
Tant que le point d’indice reste gelé ou progresse moins vite que les prix, la valeur réelle de l’indice détenu au moment du départ continue de diminuer. Même avec les hypothèses les plus optimistes, la perte pourrait encore atteindre 2,3 % rien que pour 2026.
Une carrière moins bien payée, un indice terminal dévalorisé, et donc une pension plus faible : la première peine est salariale, la seconde est immédiate au moment de la retraite.
Et maintenant, on s’attaque aux retraité·es et aux retraitables
Mais ce n’est pas terminé.
Pour celles et ceux qui sont déjà retraité·es comme pour celles et ceux qui vont le devenir, le projet de budget présenté par le gouvernement Lecornu ajoute une nouvelle attaque : une revalorisation des pensions insuffisante au regard de l’inflation.
Quand les prix augmentent et que les pensions ne suivent pas, il n’y a pas de mystère : c’est du pouvoir d’achat qui disparaît.
Et les retraité·es et retraitables enseignant·es sont particulièrement concerné·es puisque leurs pensions dépassent, pour l’immense majorité, les 2 000 € brut.
À cette perte de pouvoir d’achat s’ajoute la remise en cause du dispositif fiscal de déduction de 10 %, déjà plafonné.
Là encore, il faut rétablir quelques vérités.
Contrairement à ce que voudraient faire croire le gouvernement et certains commentateurs, ces 10 % ne sont pas un cadeau fiscal correspondant à de prétendus « frais professionnels » des retraité·es.
Ce dispositif date de 1977, il y a près de 50 ans. Il avait notamment été instauré pour compenser partiellement la baisse de revenus subie lors du passage à la retraite, qui représentent en moyenne 35 %.
Supprimer ou réduire encore cette compensation, c’est donc aggraver directement la perte de pouvoir d’achat des retraité·es et retraitables
Deux fois pénalisé·es, et jusqu’au bout !
Les enseignant·es sont donc confronté·es à une véritable double peine.
Pendant leur carrière : des salaires qui ont décroché de l’inflation et un point d’indice dont la valeur réelle s’est effondrée.
Au moment de la retraite : une pension calculée sur ce traitement dévalorisé.
Une fois à la retraite : une pension qui ne suit pas suffisamment l’inflation et une fiscalité qui risque encore d’alourdir la perte de pouvoir d’achat.
Pendant des années, on nous a expliqué qu’il fallait « faire des efforts ».
Nous les avons faits.
On nous a demandé de travailler plus longtemps.
Nous travaillons plus longtemps.
On nous a promis des revalorisations.
Elles n’ont jamais rattrapé les pertes accumulées.
Et maintenant, on demande encore des efforts aux retraité·es et retraitables.
Ça suffit !
Ce ne sont pas les salarié·es et les retraité·es qui coûtent trop cher. Ce sont les politiques de baisse des salaires, de recul de la protection sociale et de réduction des pensions qui organisent la baisse de notre niveau de vie.
Les personnels de l’Éducation nationale ne doivent pas accepter de payer deux fois : une première fois pendant leur carrière, une seconde fois à la retraite.
Nos salaires doivent être revalorisés.
Nos pensions doivent être protégées.
Le point d’indice doit être indexé sur l’inflation.
Et les attaques contre les retraité·es doivent être combattues.
Pour vivre dignement de son travail et pour vivre dignement de sa retraite, il faut se mobiliser.
La retraite n’est pas un privilège. C’est le salaire différé de notre travail.