Demandez le programme!

 

Demandez le programme !


V. Peillon le clame haut et fort dans un récent article du  Journal Du dimanche, il veut « revoir les programmes du CP jusqu'à la terminale » (et la maternelle?). Les programmes actuels sont « trop lourds, sans lien avec le socle et les évaluations, peu adaptés aux connaissances d'aujourd'hui » etc...

D'où viennent-ils ces programmes dont des générations entières de marmots et d'adolescents -devenus à leur tour parents- ont été abreuvées jusqu'à plus soif sur les bancs de l'Ecole républicaine ? Qui est vraiment au courant de qui décide des programmes d'enseignement ?

Les tout premiers furent mis en place pour assoir un pouvoir, consolider l'unité nationale (c'est Napoléon pour les lycée et ce sacré Jules pour le primaire). Etonnant, non ? Des générations -là aussi-d'inspecteurs généraux majoritairement déconnectés de la réalité d'une classe, ont planché sur l'élaboration de ces corpus jusqu'à ce que L.Jospin crée le Conseil National des Programmes en 1989, instance censée apporter plus de transparence et d'huile entre le terrain et l'institution. Le point d'orgue de ce processus restant les programmes de 2002 qui furent le fruit d'une concertation assez longue, d'une co-production enseignants-es-institution relativement aboutie. Même si -bémol de taille- la maternelle (là encore) fut l'oubliée de la réforme.

En 2005, la loi d'orientation Fillon supprimait le conseil sus-cité, réinstallant un flou qui déboucha, en 2006, sur « le socle commun de connaissances et de compétences ». Cette réforme, en adéquation avec la conception libérale d'une éducation livrée aux règles du marché et pourvoyeuse de cohortes de jeunes employables étendait donc davantage ses tentacules.

En sœur siamoise d'un enseignement spiralaire toujours aussi élitiste, méritocratique, la litanie des « cette année, le programme est trop chargé, je ferai l'impasse sur quelques chapitres, sinon je ne le terminerai pas » enfla donc de plus belle. Les enseignants demeurent impuissants, énervés ou résignés, les parents dépassés et les éditeurs ravis de lancer en tête de gondole, de nouvelles collection ré-ré-ré actualisées.

S'il faut changer, faire évoluer les programmes c'est parce que la situation est grave. R. F. Gauthier, ancien inspecteur général l'affirme : « Ce qu'on enseigne n'intéresse pas grand-monde. Nous avons tous intégré cette école qui nous vend des résultats où les programmes sont pensés comme un idéal ». Il existe très peu de recherches sur cette problématique de l'élaboration et la construction des programmes scolaires et la tendance du pouvoir en place (quelle que soit sa couleur) n'est pas à un élargissement démocratique des équipes qui réfléchiraient en profondeur sur cette question.

Les « milieux autorisés » que raillait si bien Coluche perdurent parce que d'une certaine manière, nous aussi, nous laissons faire, nous agissons en consommateurs de programmes, de prêt-à-enseigner. Un « grand chantier » est ouvert. Un Conseil Supérieur des Programmes va être créé constitué par des sénateurs-trices, député-es, et un panel « d'expert-es ». Eternelle litanie...

D'autres changements sont annoncés dans notre système éducatif : prenons l'exemple de la liaison école/collège, de la constitution d'un conseil qui débouchera sur un nouveau cycle « CM1-CM2-6ème » : Qu 'en pensons-nous, quelles réflexions collectives cela nous inspire-t-il ? Quels moyens en temps l'institution va-t-elle nous donner ? Quel temps -nous- voulons-nous y consacrer ? Parce que forcément cela aura un impact avec la « refonte » des programmes.

Trois heures de discussion sur ce sujet. La CGT Educ'Action n'est pas contre mais prendre sur les 24h forfaitisées des APC montre qu'une fois de plus ce sont les personnels qui "payent" et trois heures, c'est insuffisant. L'ouverture d'un site avec possibilité de répondre à un éventuel questionnaire ? On a déjà donné. Non, il faut en débattre dans chaque école, établissement, groupe scolaire ou de bassin, proposer un calendrier sur la durée et le faire savoir à notre administration. Il faut lier cette question à d'autres : traitement des difficultés, rythmes scolaires...  

A la CGT Educ'Action en syndicat général (1er et 2nd degré), nous finalisons des pistes de travail, de réflexion qui pourront nourrir ces discussions. Sur la durée. Société et Ecole doivent assumer un choix politique délicat : les savoirs et compétences utiles dans la vie ne sont pas forcément ceux qui servent d'atout dans la compétition pour la réussite scolaire.

L'Ecole sert-elle à préparer les générations futures à répondre aux questions qu'on leur pose ou sert-elle à préparer à la vie et donc à des questions auxquelles ils ne sont pas préparés ?

« L'important n'est pas ce que l'on fait de l'homme mais ce qu'il fait de ce que l'on a fait de lui » J.P Sartre.

Nous n'avons pas que trois ou quatre heures pour répondre.