L’indiscipline, ce fléau dans le second degré

Le Rapport Social Unique ne devrait pas être une compilation de 478 pages de données statistiques que l’on feuillette en silence, ni même une somme qui satisfasse ses auteurs (ceux qui sont derrière les chiffres). Pour la CGT, il doit être un outil politique, un point de départ pour corriger ce qui doit l’être dans la gestion des personnels. Or les chiffres de cette année, comme de toutes les précédentes en réalité, révèlent une situation disciplinaire profondément déséquilibrée, qui ne peut plus être ignorée.

On observe une tendance haussière des sanctions depuis 2020. Et un chiffre saute aux yeux : les professeurs du second degré se voient infliger 78,26 % des sanctions alors qu’ils ne représentent que 35,25 % des effectifs de l’Académie. Ils sont donc sanctionnés 2,2 fois plus que ce que leur poids réel dans les effectifs devrait produire. Une telle disproportion ne peut pas être attribuée au hasard. Elle interroge les pratiques disciplinaires, les conditions de travail, les modes de gestion des conflits dans les établissements et, plus largement, la manière dont l’administration régule les relations professionnelles.

Ce constat est d’autant plus troublant que les violations manifestes du droit du travail relevées par la CGT -souvent du fait de chefs d’établissement — ne donnent jamais lieu à des suites disciplinaires. Jamais. Les abus d’autorité ne sont pas sanctionnés, mais les personnels du second degré, eux, le sont massivement. Depuis plusieurs années, la discussion se termine toujours par la même polémique : la CGT dénonce un système où le rectorat accompagne certains abus d’autorité, parfois au travers d’affaires disciplinaires piteuses pour l’employeur mais traumatisantes pour les agents.

Cette fois, pour éviter la polémique, la CGT a posé une question simple : comment expliquez-vous cette disproportion, et que comptez-vous faire pour y remédier ?

Le Rectorat a donné sa version. Elle est inédite et franchement intéressante -sans ironie, mais sous condition de pouvoir la vérifier. Il y aurait davantage de contrôle social et de régulation dans le premier degré : plus de proximité entre les collègues, moins d’isolement donc moins de dysfonctionnements individuels. En somme, le collectif protège. Le second degré, lui, serait plus fragmenté, plus cloisonné, plus exposé aux tensions non régulées.

Sans renoncer à son analyse, la CGT reconnaît que cette piste mérite d’être examinée. Si le premier degré bénéficie d’un tissu collectif qui régule les tensions, alors la réflexion qui en découle doit être la suivant : comment favoriser le travail d’équipe, la coopération, la régulation professionnelle dans le second degré, sans dégrader ni alourdir les conditions de travail ? On commence quand ?

Et comme la CGT aussi a le droit d’avoir quelques intuitions, il y a fort à parier que la section syndicale, une riche et saine vie syndicale, est un outil de régulation collective. Elle fait double emploi également contre les abus d’autorité.

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